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01/04/2016

 Jean-Pierre Coffe: dommages des hommages

Quand la France d’avant se fait la malle

Dans notre société où tout n’est plus que communicationnel, dès qu’un "pipeaule" casse sa pipe, ce qui leur arrive aussi et arrivera à la totalité de l’humaine espèce, tout le monde ou presque de sortir sa nécrologie ou son hommage toujours d’une mièvrerie appuyée, dégoulinante de bons sentiments marqués, et manquant singulièrement d’intelligence ou de nuances. Par le "miracle" de la technique et en particulier celui des "réseaux — dits — sociaux" n’importe quel pékin peut également déposer sa gerbe peu odoriférante au pied du piédestal en carton-pâte dressé par le grand barnum médiatique.

On a le droit à des dizaines de milliers de "Salut l’artiste" se voulant à la fois familiers et respectueux, et larmoyants, à des "RIP un grand meussieur" et autres "il nous manque" et autres formules toutes faites sorties de la méthode Assimil du festivisme ambiant.

Aujourd’hui, c’était le tour de Jean-Pierre Coffe dont la première intervention télévisuelle, dans "Le Petit rapporteur" de Jacques Martin, reste de loin la meilleure, car la plus vraie, la plus authentique. Il joua également dans quelques films des années 70 des crapules visqueuses avec une délectation évidente. Par la suite, de "La Grande famille" de Delarue sur Canal Pelu dans les années 80 aux "Grosses têtes" de Bouvard puis de Ruquier, les fausses colères de Coffe virèrent au procédé en somme de comédie. Ses fureurs entrèrent dans son "emploi" de scène.

Coffe est bien vite devenu le Géronte faisant rire de la bouffe contre-balançant — un peu — l’hygiénisme à la noix d’une société de plus en plus repliée sur des petites certitudes rassurantes, une société de plus infantilisée par un "coaching" collectif lénifiant et au fond de plus en plus puritaine:

Le tabac c’est très mal, le pauvre type au RSA, chômeur de longue durée, j’en passe et des pires, n’a même plus le droit de s’en "griller une" afin de se détendre ne serait-ce que quelques secondes sans qu’un curé du "bien vivre" improvisé ne lui sorte un sermon moralisateur.

Le gras du jambon, c’est mauvais aussi, surtout pour les pauvres qui ne pensent qu’à bouffer les inconscients. On songe au personnage de l’alcoolique repenti dans un vieux "Lucky Luke" se lançant dans des conférences hygiénistes grotesques après avoir été "guéri" par le psy censé "guéri " également les Dalton de leurs mauvais penchants.

Il faut absolument manger les fameux cinq fruits et légumes par jour, bio de préférence, cultivé selon des méthodes présentées comme nouvelles par leurs promoteurs ne faisant que redécouvrir l’eau tiède et l’agriculture traditionnelle, celle que leurs ancêtres pratiquaient…

Le vin, c’est très mal aussi et l’alcool en général également. On est toujours étonné que les contempteurs du bon pinard pour lequel ils n’ont pas de mots assez durs soient souvent des partisans de la légalisation du cannabis pourtant bien plus nocif. Ou alors est-ce qu’ils estiment que les grands crus doivent rester un privilège de classe? Une manière d’ostentation sociale, de compétitions entre égos de "bourgeois pédagogues".

Manger de la viande, c’est pas gentil du tout pour les animaux car pour en manger forcément il faut les tuer et les abattoirs sont des abattoirs. Et tuer, c’est pas gentil car la mort c’est laid. Les amis des bêtes sont dans le slogan fort et l’engagement drôlement marqué, je suis même sûr qu’ils s’opposent aussi à la violence et qu’ils lui préfèrent la paix tel Renaud proclamant qu’il n’aime pas du tout le terrorisme ou Madame Hidalgo organisant un genre de "Love Parade" contre les islamistes. A coup sûr, ils seront terrifiés…

Coffe est mort, caricature d’une France d’avant, plus rurale, bonne vivante. Avec lui s’en va encore un peu plus de ce vieux pays.

 

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