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12/01/2016

L'eau en France

Selon le code de la santé publique, les eaux brutes destinées à produire de l’eau potable (du robinet) ne doivent pas contenir plus de 2 µg/l d’un pesticide particulier et plus de 5 µg/l pour le total des substances mesurées.

Pour l’eau du robinet, les limites sont de 0,10 µg/l pour chaque pesticide (à l’exception de l’aldrine, la dieldrine, l’heptachlore et de l’heptachloroépoxyde: 0,03 µg/l) et 0,50 µg/l pour le total des substances mesurées. Combien de points de surveillance qui dépassent les 0,50 µg/l et qui nécessiteraient donc un traitement (qui peut aussi être requis pour d’autres raisons)? 213 sur 2826.

Le Commissariat relève – mais dans le texte seulement, pas dans le résumé – cette situation:

"À l’exception de l’AMPA, les teneurs de ces 15 pesticides les plus fréquemment détectés dans les cours d’eau de France métropolitaine sont en moyenne inférieures à 0,1 µg/l, seuil de potabilité par pesticide (graphique 4). Ces valeurs moyennes cachent parfois une forte variabilité à l’image du glyphosate, de l’AMPA, du métolachlore et de l’isoproturon, en raison de pics localisés importants en valeurs. Néanmoins, les dépassements des seuils d’écotoxicité vis-à-vis des milieux aquatiques, généralement plus élevés que pour l’eau potable, se concentrent sur le chlortoluron et le métazachlore“.

"En France métropolitaine, le glyphosate est toujours en tête des pesticides les plus détectés dans les cours d’eau“.

Le glyphosate étant utilisé partout, y compris sur des surfaces qui se prêtent au ruissellement, la constatation n’est pas surprenante.

Mais cet intertitre est faux ou, au mieux, trompeur. Car la molécule la plus souvent détectée est l’AMPA. Mais:

" Le cas de l’AMPA reste à part, car il ne provient pas uniquement de la dégradation du glyphosate (encadré [en fin de document]). Ses détections sont plutôt stables, alors que celles de sa molécule mère, le glyphosate, sont en hausse constante depuis 2011".

Rappelons qu’il s’agit de détections, ce qui pose quelques difficultés d’interprétation. Car deux détections en-dessous de la limite de quantification comptent pour deux occurrences dans ce document, tout comme deux quantifications.

La Commission ne s’étend pas sur ce cas de figure.

Pour l’AMPA et le glyphosate, c’est… 0,0 % (sur 2021 points).

Les deux substances suivantes les plus fréquemment détectées sont l’atrazine déséthyl et la 2-hydroxy atrazine, des produits de dégradation de l’atrazine, interdite d’usage depuis dix ans. On sait que cette dernière est très persistante. Et il y a… un dépassement de seuil pour l’atrazine déséthyl.

Amalgamation des DOM

Selon l’intertitre,

"Dans les DOM, les détections de pesticides dans les cours d’eau se font sur moins de substances, mais leurs propriétés sont plus variées qu’en métropole".

Et selon le texte:

" Ce classement [des 15 substances les plus détectées] établi pour les DOM reflète toutefois plus la contamination en Martinique, qui représente 66 % des analyses des DOM et plus de 80 % des détections, que celle des DOM dans leur ensemble".

Le chlordécone et son métabolite chlordécone 5b hydro arrivent largement en tête d’un classement très artificiel. Dans la Réunion, par exemple, il y avait 25 points de surveillance, 89 substances recherchées, 2 points avec détection d’une substance.

Et si l’on positivait?

Ce n’est pas compris par tout le monde: les produits phytosanitaires ont une utilité certaine. Il faut les gérer correctement – la filière s’y emploie! – et gérer les résidus, ce qui commence par une information adéquate.

Ce document du Commissariat général au développement durable pourrait avoir une toute autre teneur, partant d’une autre approche. Celle d’une écologie positive, au service de la société, qui a besoin d’une alimentation et d’une agriculture, ainsi que d’une gestion du territoire qui ne saurait être la mise en friches généralisée. On peut faire la même remarque, dans certains cas en bien plus critique, des rapports des différentes agences de bassin.

Et si, au lieu d’ouvrir par: "Des pesticides sont présents dans la quasi-totalité des cours d’eau français", on avait tenu un discours rassurant? Nos autorités sont-elles conscientes de leur contribution à l’agriculture-bashing, au dénigrement d’une composante essentielle de notre économie et de notre vivre-ensemble?

Le pourcentage de dépassement du seuil d’écotoxicité le élevé est à 7,5 (sur 2814 points de surveillance, soit, en principe, 211 points) pour le métazachlore. Au cinquième rang, on tombe à 0,2 % pour l’imidaclopride (2 points). Le glyphosate tant vilipendé est à 0,0 %.

La teneur moyenne et l’écart-type des teneurs en glyphosate des cours d’eau de France métropolitaine sont respectivement de 0,10 µg/l (environ, selon le graphique 4), et de -0,17 µg/l (curieux…) à +0,34 µg/l. Ce sont là aussi des valeurs que l’on trouve pour les résidus de médicaments et que l’on peut trouver à l’entrée des stations d’épuration pour des résidus de drogues.

Il se rapporte du reste que quand le CNRS a voulu étudier la consommation de drogues dans les villes françaises par la mesure des résidus dans les effluents en 2013, certaines villes ont refusé de participer ; d’autres se sont offusquées des résultats.

Il y a des tabous… mais, pour les pesticides, c’est sans tabou…

https://www.contrepoints.org/2015/11/26/230508-misere-leau-est-polluee-vraiment

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