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Philosophie - Page 3

  •  Idée reçue: " augmenter le smic améliore la situation des pauvres "

    Jean-Luc Mélenchon fait sa campagne dessus : il faut revaloriser le salaire minimum. Seulement, une fois écartés le bruit médiatique et les ambitions électorales, cela va-t-il améliorer la situation du pays, en particulier des plus jeunes et des plus pauvres ?

    Par Eddie Willers. sur contrepoints.org

    Idée reçue : "augmenter le smic améliore la situation des pauvres"

    Alors que Jean-Luc Mélenchon profite d’une belle hausse de sa popularité dans les sondages (certainement due à sa superbe chaîne YouTube), parlons d’une de ses mesures phare : la hausse du SMIC.

    Le Salaire Minimum Interprofessionnel de Croissance est actuellement de 1466,62€ bruts mensuels. Jean-Luc Mélenchon propose de le faire passer à 1700€ bruts dans un premier temps puis nets d’ici la fin de son potentiel quinquennat. Cette proposition est selon lui une mesure sociale qui doit permettre d’améliorer les conditions de vie des travailleurs.

    L’idée derrière est simple: les employeurs sont méchants. Ils font donc tout pour payer le moins possible leurs salariés afin de s’enrichir. Nous allons donc les forcer à payer davantage leurs salariés, ils réduiront leurs profits et cela permettra aux employés d’avoir un revenu et un pouvoir d’achat plus élevés.

    Non seulement ce raisonnement est parfaitement faux mais pire que cela, le salaire minimum est certainement une des mesures les plus anti-sociales qui soit. Voyons pourquoi.

    Nous avions vu dans un précédent article la genèse d’une entreprise. Pour faire simple, un entrepreneur a une bonne idée pour satisfaire les besoins d’autres individus. Il organise alors ses différentes ressources disponibles de façon optimale afin de maximiser ses profits. Une de ses ressources sont les ressources humaines. Notre entrepreneur a décidé de recruter un employé parce qu’il a considéré que celui-ci allait lui rapporter davantage que son salaire.

    Le calcul de l’employeur

    Un employeur ne recrute pas s’il imagine que cette personne lui coûtera plus cher qu’elle ne lui rapporte. Cela n’aurait aucun sens. L’employeur peut se tromper en imaginant qu’elle lui rapportera davantage qu’elle ne lui rapporte en réalité. Néanmoins, personne ne fait le choix délibéré d’embaucher quelqu’un en pensant perdre de l’argent.

    Dès lors, votre salaire sera dépendant de votre capacité à générer des profits pour votre employeur. Plus vous contribuez à générer des profits et plus vous serez en mesure de demander un salaire élevé. Votre salaire est donc directement dépendant de votre productivité. Plus vous êtes performant dans votre travail et plus vous générez de profits.

    Revenons à notre SMIC. Si le salaire est directement dépendant de votre productivité, définir un salaire minimum revient à définir un niveau de productivité minimum. Or la productivité ne se définit pas par arrêté ministériel. Elle est différente en fonction des qualités de chaque être humain. Certains individus sont plus productifs que d’autres du fait de leurs talents, de leurs études, de leur façon de s’organiser etc.

    Définir un salaire minimum c’est donc interdire aux individus ayant une productivité plus faible de s’insérer sur le marché de l’emploi. Ces individus sont généralement les plus jeunes n’ayant pas eu l’occasion d’acquérir une première expérience, et qui sont donc enfermés dans une trappe à faible productivité.

    Les jeunes premières victimes

    Il était d’ailleurs surprenant qu’autant de jeunes manifestent contre la loi travail au mois de mai. Une loi qui rend le marché du travail plus souple est une loi qui facilite le recrutement des personnes les moins productives, et par conséquent, les jeunes.

    De façon plus générale, la mise en place d’un salaire minimum ne peut que créer du chômage. Si le salaire minimum est fixé à 1700€, embaucher une personne dont les capacités ne justifient qu’un salaire de 1200€ ou 1500€ revient à se transformer en œuvre de charité, pour paraphraser Milton Friedman. La charité est éminemment louable, cependant, il est tout à fait normal que les employeurs ne se transforment pas tous en organismes de bienfaisance.

    In fine, ces personnes moins productives se retrouveront donc au chômage.

    Une des dernières expériences en date nous vient des États-Unis où la ville de Seattle a décidé en avril dernier de définir un salaire minimum de $15/h. Une étude de l’Université de Washington d’août 2016 a montré que cette décision avait augmenté de 1,1 point la probabilité de rester au chômage pour les moins productifs. La conclusion de l’étude précisait également que cette loi avait augmenté le taux de chômage des employés les moins qualifiés.

    La Californie avait aussi décidé à la même période de définir un salaire minimum à $13/h. Résultat selon la Réserve Fédérale de San Francisco: " some job loss for the least-skilled workers—with possibly larger adverse effects than earlier research suggested ".

    À l’heure où le taux de chômage n’a jamais été aussi haut en France, il serait bon que nos politiques comprennent que l’enfer est souvent pavé de bonnes intentions. Sous couvert d’améliorer le sort des moins qualifiés, les décisions visant à augmenter le salaire minimum ne font qu’empirer une situation déjà tendue. " Salaire minimum " n’a jamais eu qu’un seul effet: "chômage éternel".

     

  • Sidérant!

    Le groupe socialiste  refuse la venue de CHOMSKY, 88 ans, un des plus grands intellectuels  de notre temps, à l'assemblée nationale, alors qu'on y accueille PAMELA ANDERSON

    Prévue initialement ce mercredi au Palais Bourbon, cette cérémonie a finalement été organisée ailleurs et au dernier moment.

    “Je suis citoyen des États-Unis et j’ai une part de responsabilité dans ce que fait mon pays. J’aimerais le voir agir selon des critères moraux respectables. Cela n’a pas grande valeur morale de critiquer les crimes de quelqu’un d’autre – même s’il est nécessaire de le faire, et de dire la vérité. Je n’ai aucune influence sur la politique du Soudan, mais j’en ai, jusqu’à un certain point, sur la politique des États-Unis“ [Noam Chomsky, The Guardian, 20 janvier 2001)

    http://www.les-crises.fr/chomsky-romain-herreros-illustre-les-methodes-de-travail-du-journalisme-actuel/

    https://www.monde-diplomatique.fr/2001/04/BRICMONT/1829

     

    En 2001, l'étranger était DEJA consterné par la "vie" "intellectuelle française

    extraits, lire le texte sur le lien ci dessus

    La mauvaise réputation de Noam Chomsky

    Telle qu’elle est relayée par les grands médias, la vie intellectuelle française suscite parfois la consternation à l’étranger : phrases extraites de leur contexte, indignations prévisibles, "polémiques" de pacotille, intellectuels de télévision qui prennent la pose à l’affût du mot trop rapide qui servira de pâture à leurs éditoriaux indignés. En France, Noam Chomsky a été l’objet de campagnes de disqualification d’autant plus vives et régulières qu’il a su détailler, calmement, l’imposture d’un discours à géométrie variable sur les "droits de l’homme", lequel, souvent, couvrait les forfaits de l’Occident.

    Le New York Times, qui n’aime guère Noam Chomsky (c’est réciproque), admet néanmoins qu’il compte au nombre des plus grands intellectuels vivants. En dehors des départements de linguistique, et des colonnes du Monde diplomatique, il reste néanmoins ignoré en France.

    Son engagement est fondé sur des principes comme la vérité et la justice, et non sur le soutien à un camp historique et social, quel qu’il soit.

    Dans un monde où des cohortes d’intellectuels disciplinés et de médias asservis servent de prêtrise séculière aux puissants, lire Chomsky représente un acte d’autodéfense. Il peut permettre d’éviter les fausses évidences et les indignations sélectives du discours dominant. Mais il enseigne aussi que, pour changer le monde, on doit le comprendre de façon objective et qu’il y a une grande différence entre romantisme révolutionnaire - lequel fait parfois plus de tort que de bien - et critique sociale simultanément radicale et rationnelle

     

  • Réponse salée du berger à la bergère

    Vote pro-Brexit: les Anglais sont-ils vraiment idiots?

    Sur le mode humoristique, un florilège des marques de mépris envers les pro-Brexit dans les médias.

    Le Brexit n’a pas l’air de plaire à ceux qui sont au pouvoir. Ils envoient leurs meilleurs chiens de garde pour expliquer que le referendum britannique n’est rien d’autre qu’un triomphe de la bêtise contre l’intelligence, une victoire épouvantable des cons sur les gens éclairés et capables de décider. Une tripotée d’amis qui se tiennent par la barbichette depuis des années pour capter les médias à leur profit et s’y auto-congratuler en infligeant au pays leurs idées toxiques (et lucratives) enrage de voir que les Anglais n’ont pas fait comme on leur avait dit de faire. Et les noms d’oiseaux fleurissent.

    En hommage à tous ces cons auxquels je suis fier d’appartenir, je voulais aujourd’hui présenter une anthologie des meilleures marques de mépris et adresser une rapide réponse forcément très conne à leurs arguments forcément très intelligents.

    Médaille d’or à BHL

    Pour redonner du sens à une situation où la nomenklatura française a perdu le nord, le troisième quotidien le plus subventionné de France: Le Monde, a appelé à la rescousse le plus brillant (et le plus désintéressé) philosophe de notre époque, Bernard-Henri Lévy, qui a écrit:

    "Ce Brexit, c’est la victoire, non du peuple, mais du populisme. (…)

    C’est la victoire, autrement dit, du souverainisme le plus rance et du nationalisme le plus bête.

    C’est la victoire de l’Angleterre moisie sur l’Angleterre ouverte sur le monde et à l’écoute de son glorieux passé.

    C’est la défaite de l’autre devant la boursouflure du moi, et du complexe devant la dictature du simple. (…)

    C’est la victoire des casseurs et des gauchistes débiles, des fachos et hooligans avinés et embiérés, des rebelles analphabètes et des néo-nationalistes à sueurs froides et front de bœuf. (…)

    Ce sera, toujours, la victoire de l’ignorance sur le savoir.

    Ce sera, chaque fois, la victoire du petit sur le grand, et de la crétinerie sur l’esprit“.

    J’en passe et des meilleures, ce texte étant la longue répétition de la même phrase sous toutes ses formes: les cons ont battu les génies.

    Je suis heureux d’avoir lu ce très grand texte de BHL (et je me félicite que le contribuable file 13 millions d’euros au Monde pour publier ce texte plein de reconnaissance pour les "cons"), grâce auquel j’ai compris pourquoi je n’aurais jamais eu l’agrégation de philosophie si je l’avais tentée, et grâce auquel je sais enfin pourquoi certains passent en boucle à la télévision pour y exposer leurs idées. Ils sont intelligents, et moi je suis con. Je suis un rebelle analphabète, voire un hooligan embiéré, en pleine boursouflure du moi. Ceux qui, comme BHL, sont contre le Brexit et pour le Remain appartiennent en revanche à "l’esprit", au "complexe". Moi qui suis soumis à la "dictature du simple", je ne peux pas comprendre leur raisonnement.

    C’est d’ailleurs parce que je suis très con que je ne suis convaincu par aucun des brillants arguments de BHL.

    Médaille d’argent à Quatremer

    Sous la plume d’un Jean Quatremer qui nous a habitués à mieux sur Libération (sixième quotidien le plus aidé de France), on lira des considérations d’une ironie facile sur le choix des Britanniques.

    "Amis Anglais et Gallois, merci, du fond du cœur. Vous avez su résister à tous les arguments, des plus rationnels aux plus apocalyptiques, de ceux qui militaient pour le "remain." (…) Vous avez pris le risque de diviser pour longtemps votre société entre, d’une part, jeunes, diplômés et urbains, massivement "remain", et, d’autre part, vieux, peu diplômés et ruraux, massivement "leave", une fracture sociale pour longtemps béante. "

     

    Vouloir le Brexit, ce n’est évidemment pas poser la question du fonctionnement de l’Union Européenne et de sa rationalité économique. C’est seulement appartenir à la catégorie peu ragoûtante des "vieux, peu diplômés et ruraux". On continue:

    " Votre sursaut churchillien restera dans l’histoire! Car vous savez ce qui vous attend: après la Seconde Guerre mondiale, vous vous êtes enfoncés dans la dépression économique au point que le FMI a dû voler à votre secours, comme une vulgaire Grèce. Votre PIB, lors de votre adhésion en 1973, était l’un des plus bas de la CEE, et c’est pour cela que vous avez rejoint un projet qui vous répugnait".

    Bien entendu, l’appauvrissement de la Grande-Bretagne en 1973 n’a rien à voir avec son excès de réglementation et tient uniquement à son absence de la Communauté Européenne à l’époque. Et le retour de la Grande-Bretagne à la prospérité ne doit rien aux réformes lancées par Margaret Thatcher, mais doit tout à sa simple adhésion à l’Union.

    Là encore, nous les cons, nous n’avons rien compris et nous devrions nous élever vers la lumière en acceptant sans coup férir une argumentation émise avec beaucoup de finesse par des gens beaucoup plus intelligents que nous.

    Médaille de bronze à Jacques Attali

    Comme toujours en phase de stress, les bobos du Monde convoquent tous leurs meilleurs amis des salons parisiens pour expliquer ce qu’il faut penser. Plus subtil que BHL, Attali s’est senti obligé d’ouvrir le débat de façon drôlatique, et avec un total manque de clairvoyance (puisqu’il prédisait la victoire du Remain au matin du referendum):

    "J’ai toujours pensé que les Britanniques rejetteraient le "Brexit". La sortie de l’Union européenne serait un suicide pour le Royaume-Uni. Il existe, dans l’histoire, des cas où des nations se sont suicidées, mais je ne crois pas que ce soit la tentation des Britanniques“.

    On mesure là encore les dégâts que l’influence exercée par Attali peut provoquer sur les politiques français. Les partisans du Leave justifient en effet leur position par leur volonté de préserver leur État-nation face au système communautaire. Réponse d’Attali: vouloir survivre, c’est être suicidaire. La mécanique de renversement des évidences à l’œuvre chez BHL est ici aussi en marche. Simplement, elle se fait plus discrète, moins directement insultante.

    Au passage, on notera que dans cet entretien du 23 juin au matin où Attali prédisait la victoire du Remain, il se livrait à une autre prédiction tout aussi fiable:

    "Depuis longtemps, je prédis que la troisième guerre mondiale, si rien ne change, est pour 2025-2030. Tout semble se mettre en place“.

    Irma Attali.

    Prix spécial du jury à Slate

    Puisque je parle d’Attali, je ne voulais pas manquer une occasion de parler de l’un des médias dont il est actionnaire (comme beaucoup d’autres adeptes ou acteurs du gouvernement profond): Slate. Ce pure player a mené une campagne hostile au Brexit dont l’argumentation essentielle a reposé sur la logique exposée ci-dessus: d’un côté la lumière, de l’autre l’obscurité.

    Je prends au hasard quelques articles:

    Vote pro-Brexit

    Réactions au vote pro-Brexit

    Bravo, Slate, pour cette brillante contribution à l’intelligence contre la toxicité des populistes idiots que nous sommes.

    En tant que con fini pleinement assumé, je voulais ajouter un seul point sur ce constat. Manifestement, les partisans de la construction communautaire qui prétend être l’Europe s’obstinent à ne pas voir que le referendum britannique a d’abord consacré un rejet de l’arrogance, et une hostilité profonde à cette confiscation de la démocratie par une élite avaricieuse qui prétend la faire fonctionner seule, et qui attend qu’on lui dise "merci" avec le sourire.

    Par Éric Verhaeghe.Contrepoint.org

     

  • LA VIE APRÈS LA MORT

    Lundi matin 13 juin, j'ai consulté mon ophtalmo car avec les traitements durs que je prends, je dois consulter deux fois par an. Ce lundi, comme une fois par an, j'ai du réaliser deux exercices de vérification. Par hasard, et regardez comme ce petit malin fait bien les choses, je suis assise dans une salle d'attente (vide) sur ces sièges qui sont accolés (par quatre en l'occurrence) que l'on trouve dans tous les hôpitaux et centres médicaux en France. Sur le siège à côté un magazine.

    Il s'agit de “Psychologies Magazine“, genre de lecture que, si l'on n'est pas dans la profession d'analyste, il vaut mieux ne pas s'abonner. Pourquoi? Les textes qui y figurent sont très ardus à intégrer et malgré la tentative d'explication le plus simpliste possible afin d'être accessible au plus grand nombre, je pense que le simple quidam ne doit pas le lire. Sauf, peut-être, si vous voyez par hasard le titre de la une et qu'il vous semble qu'un des articles peut vous aider dans un problème du quotidien. Et encore. Je dirais, pour ne pas m'attirer, à juste titre, les foudres de ce magazine qu'il vaut mieux s'abonner après 35 ans, quand la personnalité est stabilisée.

    Dans ce numéro du mois de mars 2016 est traité comme sujet: le paranormal. Dès que je me trouve devant l'orthoptiste, je lui demande si je peux emporter cet exemplaire. Elle accepte volontiers. Je n'ai pas l'habitude d'emporter des magazines des salles d'attentes… mais, je consulte cette personne depuis 25 ans, alors, je me permets de lui demander cela.

    Je lui explique que cela fais 33 ans que je sévis dans la profession de “voyante“ et que pour une fois que je lis dans un magazine sérieux que l'on parle du “paranormal“, j'aimerais bien lire les articles qui lui sont concédés. Je suis encore sous le coup de mon émotion “coléreuse“ d'avoir découvert que Carbonnier fait des conférences avec une “medium“ (j'en ris encore) pour certifier que la vie après la mort existe.

    De même, tout le long du chemin depuis Fenouillet à la Clinique St Jean, j'en ai discuté avec “mon chauffeur“: lui croit en la vie après la mort, “un peu m'a-t-il dit, j'ai besoin de cette béquille psychologique, mais elle n'est pas très solide“, tandis que je lui ai dit: “ayant perdu ma petite sœur à côté de moi lorsque nous jouions ensemble sur le trottoir et mon papa quand j'avais douze ans –sans compter une tante très, très chère à mon cœur, partie en 2008- et avec mes 43 années d'études sur les pouvoirs du cerveau, je me dis que si quelqu'un devait avoir des informations sur l'après-vie, je serais sans doute plus à même que beaucoup d'autres pour ce faire. Comme je l'ai souvent indiqué, je ne crois pas en grand-chose.

    L'orthoptiste m'écoute et quand je parle de Charbonnier, elle me dit: allez-le voir!

    “Heu, cela m'étonnerait qu'il me donne la possibilité de lui parler. Il de doit écouter que les gens qui parlent de ses mêmes croyances; c'est toujours ainsi, il suffit qu'un idiot utile tombe précisément au moment où une personne se pose des questions et hésite entre deux solutions pour que l'idée devienne acceptable à cette dernière. Pourtant, Charbonnier était bien parti en disant que notre cerveau ne contient pas tous nos souvenirs et qu'ils devaient se trouver, ailleurs mais qu'il était instantanément possible de les retrouver et les raconter“.

    J'appelle cela “l'agrégation“: Tout être a la faculté de vibrer, cette vibration pouvant être reçue et enregistrée dans l'inconscient collectif (Cf. Jung). La vibration vous relie à l'inconscient collectif ou à ces “annales akashiques“ où sont vivantes toutes les pensées, toutes les émotions, tous les souvenirs de tous les humains qui nous ont précédés. Cette vibration contient aussi individuellement votre vie, vos bonheurs, vos souffrances d'une manière détaillée et précise. Cet agrégat de nos sentiments sont dans un “sac“? ou un “tiroir“, bref, donnez-lui le nom que vous voulez.

    L'orthoptiste m'a dit qu'elle a lu un de ses ouvrages. J'ai dis: pas moi. Inutile d'engraisser les auteurs de bouquins quand on sait d'avance ce qui est écrit. Puis, surprise, elle me dit: “il est ici“. “Vous êtes sûre? je croyais qu'il était à la Clinique de L'Union!

    “Non, non…. il est ici

    “Ben, si vous le croisez, dites-lui qu'il se fourvoie en écoutant les médiums qui sont, soi-disant, l'oreille attentive des morts!". Mais, elle me répond que non, elle ne le fera pas. Ce n'est pas son problème semble-t-elle faire accroire. Je pense surtout que Carbonnier est un “ponte“ et qu'elle n'a pas fait les mêmes études; le voisinage de travail ne doit pas lui sembler une ouverture à parler à ce monsieur…. les relations entre gens de médecine sont un peu incompréhensibles aux profanes.

    J'en reviens à Psychologies Magazine. Au moment où j'écris, j'ai à peine survolé les articles. J'y lis pourtant qu'il y a un interview de Stéphane Allix, dont j'avais pu apprécier les reportages vus sur M6 et une autre “petite chaîne“. Ces reportages m'ont parus très sérieux, bien documentés. Il a, bien sûr, écrit un livre comme indiqué dans le magazine. Je vous écris le laïus: L'indispensable – Le test de Stéphane Allix

    En juin 2013, le père de l'auteur décède. Avant sa disparition, le journaliste avait évoqué avec lui la possibilité qu'il puisse se manifester après sa mort.

    Stéphane Allix glisse dans le cercueil quatre objets et un mot qu'il est le seul à connaitre.

    Puis, il consulte 6 médiums. Quatre sont capables de découvrir ce qu'il avait caché.

    Pour lui, pas de doute: son père est intervenus au cours des séances.

    Fascinant (écrit le critique du livre).

    Et puis, on indique sa page Facebook dans laquelle Stéphane Allix partage ses recherches et raconte les expériences qui l'on transformé.

    Dans ses reportages, Stéphane Allix est allé interviewer des médiums américains. Je ne doute pas que la plupart des 6 médiums contactés par lui sont des U.S.A. Je ne crois pas que l'on est beaucoup de ces aussi puissants médiums en France. Comme je sais quels sont les puissants pouvoirs de notre télépsychie, je n'ai pas besoin de lire ces soi-disant preuves qui permettent de certifier que la vie après la mort existe.

    Monsieur Stéphane Allix, pardonnez-moi d'infirmer vos propos: je dois vous dire que ces preuves sont surtout la certitude que les 4 médiums qui on trouvé la nature des objets dans le cercueil sont d'exceptionnels très bons voyants.

    Rien à voir avec votre papa. Toutes mes condoléances pour cette perte immense… mais vous ne pouvez pas contacter l'esprit de votre père, ce n'est pas lui qui vous transmet des messages.

    Mme Josyane JOYCE

     

     

  • Tocqueville / discours à l'assemblée 12 sept 48/ socialisme

    Extrait d'un discours d'Alexis de Tocqueville, "Grand député français“

    Voici le troisième et dernier trait, celui qui caractérise surtout à mes yeux les socialistes de toutes les couleurs et de toutes les écoles, c’est une défiance profonde de la liberté, de la raison humaine; c’est un profond mépris pour l’individu pris en lui-même, à l’état d’homme; ce qui les caractérise tous, c’est une tentative continue, variée, incessante, pour mutiler, pour écourter, pour gêner la liberté humaine de toutes les manières; c’est l’idée que l’Etat ne doit pas seulement être le directeur de la société, mais doit être, pour ainsi dire, le maître de chaque homme - que dis-je! son maître, son précepteur, son pédagogue; que, de peur de le laisser faillir, il doit se placer sans cesse à côté de lui, au-dessus de lui, autour de lui, pour le guider, le garantir, le retenir, le maintenir; en un mot c’est la confiscation, comme je le disais tout à l’heure, dans un degré plus ou moins grand, de la liberté humaine; à ce point que si, en définitive, j’avais à trouver une formule générale pour exprimer ce que m’apparait le socialisme dans son ensemble, je dirais que c’est une nouvelle formule de la servitude.

    (...)

    Et enfin, messieurs, quant à la liberté, il y a une chose qui me frappe, c’est que l’Ancien Régime, qui sans doute, sur beaucoup de points, il faut le reconnaitre, était d’une autre opinion que les socialistes, avait cependant, en matière politique, des idées moins éloignées d’eux qu’on ne pourrait le croire. Il était bien plus près d’eux, à tout prendre, que nous. L’Ancien Régime, en effet, professait cette opinion que la sagesse seule est dans l’Etat, que les sujets sont des êtres infirmes et faibles, qu’il faut toujours tenir par la main, de peur qu’ils ne tombent ou ne se blessent; qu’il est bon de gêner, de contrarier, de comprimer sans cesse les libertés individuelles; qu’il est nécessaire de réglementer l’industrie, d’assurer la bonté des produits, d’empêcher la libre concurrence. L’Ancien Régime pensait sur ce point, précisément comme les socialistes d’aujourd’hui. Et qu’est-ce qui a pensé autrement, je vous prie? La Révolution française.

    Eh quoi! messieurs, tout ce grand mouvement de la Révolution française n’aurait abouti qu’à cette société que nous peignent avec délices les socialistes, à cette société réglementée, réglée, compassée, où l’Etat se charge de tout, où l’individu n’est rien, où la société agglomère en elle-même, résume en elle-même toute la force, toute la vie, où le but assigné à l’homme est uniquement le bien-être, cette société où l’air manque! où la lumière ne pénètre presque plus. Quoi! Ce serait pour cette société d’abeilles et de castors, pour cette société plutôt d’animaux savants que d’hommes libres et civilisés, que la Révolution française aurait été faite!

    (...)

    Non, messieurs, la démocratie et le socialisme ne sont pas solidaires l’un de l’autre. Ce sont des choses non seulement différentes mais contraires. Serait-ce par hasard que la démocratie consisterait à créer un gouvernement plus tracassier, plus détaillé, plus restrictif que tous les autres, avec cette seule différence qu’on le ferait élire par le peuple et qu’il agirait au nom du peuple? Mais alors, qu’auriez vous fait? sinon donner à la tyrannie un air légitime qu’elle n’avait pas, et de lui assurer ainsi la force et la toute puissance qui lui manquaient. La démocratie étend la sphère de l’indépendance individuelle, le socialisme la resserre. La démocratie donne toute sa valeur possible à chaque homme, le socialisme fait de chaque homme un agent, un instrument, un chiffre. La démocratie et le socialisme ne se tiennent que par un mot, l’égalité; mais remarquez la différence: la démocratie veut l’égalité dans la liberté, et le socialisme veut l’égalité dans la gêne et la servitude.

    (...)

    La Révolution française, je vous l’ai déjà dit, n’a pas eu la prétention ridicule de créer un pouvoir social qui fit directement par lui-même la fortune, le bien-être, l’aisance de chaque citoyen, qui substitua la sagesse très contestable des gouvernements à la sagesse pratique et intéressée des gouvernés; elle a cru que c’était assez remplir sa tâche, que de donner à chaque citoyen des lumières et de la liberté.

    Elle a eu cette ferme, cette noble, cette orgueilleuse croyance que vous semblez ne pas avoir, qu’il suffit à l’homme courageux et honnête d’avoir ces deux choses, des lumières et de la liberté, pour n’avoir rien de plus à demander à ceux qui le gouvernent.

    La Révolution a voulu cela; elle n’a eu ni le temps, ni les moyens de le faire. Nous devons le vouloir et le faire".

    Oublier l'histoire c'est se condamner à la revivre

  • Convergence et singularité du monde vivant

    Le mot " vivant " est à la fois un concept, un principe, l’ensemble des êtres, une chose et un Monde.

    L’univers est fractal, c’est un ensemble répétitif de motifs, qui se combinent. Un chat, un chien, un humain, un arbre, un poulpe, toutes ces créatures sont construites sur des formes qui se répètent d’une échelle sur l’autre. Au plus bas, la cellule est une combinaison d’atomes, qui s’assemblent en organes, puis en organismes. Tout entier, du fait que ces édifices de configurations s’appuient sur des lois fondatrices au nombre limité, l’être le plus complexe peut se résumer à un code élémentaire.

    La répartition des étoiles dans la galaxie, la forme des montagnes, des flocons de neige, des nuages, la structure des reins ou même l’architecture des fibres osseuses : toutes ces choses sont basées sur ces règles mathématisables, dont une unique variable va déterminer l’aspect, pouvant faire toute la différence entre une brique de chair et un singe. La vie, plus que toute autre chose dans l’univers, personnifie cette réalité : elle est capable de concevoir des variations, structurées à ses fins [1].

    Le mot " vivant " est à la fois un concept, un principe, l’ensemble des êtres, une chose et un Monde. Bien qu’elle soit ultimement composée de choses élémentaires, les atomes, elle forme un concept bien à part. Elle est compétente non seulement à soutenir sa propre existence mais aussi à l’altérer, à la moduler afin de s’extraire d’une condition pour se déplacer vers une autre : la vie contrôle sa propre relativité face au Monde. Cela sans pour autant être un tout uni. Par-là, elle forme un Cosmos bien à part.

    Cette telle variété de définitions implique que l’on ne peut faire autrement, dans certains langages, que d’en converser comme d’une personne morale. Cependant que la vie n’est pas une créature à part, c’est un ensemble disparate maintenu en cohésion par une série de lois : les " natures " des créatures vivantes. S’il nous est encore impossible d’affirmer que tout être est vivant, il est en revanche tout à fait juste d’affirmer que tout ce qui vie est obligatoirement un être.

    Trop souvent, l’on voit dans les médias des tas d’experts se demander ce que le " génie humain " pourra encore inventer, pour se surpasser demain. Comme si l’humanité dominait l’univers de son immense gloire. Qui n’a pas lu ou entendu des gens expliquer à quel point nos machines et nos techniques surpassent " la nature " et plus spécifiquement le monde vivant ? Que notre pouvoir de destruction le dépasse, qu’il est à nos côtés comme une sorte d’enfant qu’il nous faudrait protéger ?

    Pourtant, s’il y a bien une chose certaine concernant la technologie et la science de notre espèce, c’est qu’elles sont particulièrement primitives, par rapport à la maîtrise dont fait preuve le reste de la vie, en tous domaines. Certes, nous avons appris à nous élever au-dessus des nuages, à nous déplacer sous les océans profonds. Mais là où le plus frustre moineau pourra voler plusieurs heures, sans besoin de réparer ni ses os ni ses tendons, nos avions nécessitent une lourde maintenance et sont alimentés de combustibles rares. Tandis que certaines baleines atteignent et demeurent aisément dans des profondeurs que les meilleurs sous-mariniers craignent. Une simple feuille, du plus insignifiant arbre au coin d’une rue, est un plus puissant panneau solaire que le plus haut sommet de notre industrie.

    Pour tout cela, la singularité " technologique " n’est pas pour demain : la vie affiche toujours plusieurs générations d’avance sur notre compréhension des lois de la physique. Elle est composée presque entièrement de créatures intelligentes et s’appuie sur une architecture si efficiente qu’un seul de ses représentants pourrait soutenir sa propre existence durant plusieurs millénaires [2]. Quant à sa puissance de calcul, sa maîtrise de la chaleur ou même son contrôle quant aux communications des informations : tout, chez-elle, nous est bien supérieur.

    La vie est en état permanent d’ubiquité, sur notre planète. Il n’y a pas un centimètre carré de terre, d’eau, de montagne ou de désert, qui ne soit pas recouvert de biomasse. Imaginez, un instant, l’organisme unicellulaire le plus simple. Visualisez-le en train de se mouvoir, de traiter les informations, de réagir et de prospérer dans les environnements les plus hostiles à l’Homme. Chaque atome y est positionné pour une raison précise, chaque partie de la cellule y a une fonction déterminée : c’est un organisme atomique. Malgré cette suprématie, qui reste aujourd’hui largement hors de portée de nos robots les plus avancés, encore incapables d’une telle précision, la cellule ne fait qu’un micron de large. Elle s’avère plus petite que la plus fine puce conçue par l’Homme, tout en étant capable de mouvement, de synthétiser les molécules nécessaires à son existence et même de se cloner par elle-même.

    Combien faudrait-il de processeurs pour égaler la capacité de calcul du seul matériel génétique ? Alors, si un simple hamster en compte des milliards, qu’est-ce que nous nous imaginons dépasser, avec notre technologie ? L’idée qu’une machine construite de main humaine pourrait supplanter totalement " l’intelligence " biologique est une illusion, qui prospère sur une idée reçue quant à la définition même de l’intelligence, ainsi que par notre mépris quant au monde vivant. Sa gloire brille plus fort que la nôtre.

    Notre capacité à concevoir des outils façonnés pour notre service, nous la tirons de notre nature, elle n’est rendue possible que parce que la façon dont nous sommes fait le permet. Nous ignorons toujours, à notre époque, pourquoi de toutes les espèces qui faisaient partie de notre branche, nous seuls avons survécus. Sans frères semblables, voici comment est née l’humanité, mais forte d’un pouvoir sans équivalents : elle est apparue avec un marteau dans la main et l’entendement nécessaire pour en tirer le plein profit.

    Bien plus qu’une espèce sociale, qu’elle n’est devenue que parce que certaines conditions furent réunies, l’humanité est faite d’artisans. C’est la force de ces derniers qui ont porté sa gloire : ils ont bâtis ses armes, élevés ses monuments, fabriqués ses livres, nourrit ses enfants. La maîtrise du feu jusqu’à la conception de la première roue, en passant par la construction de maisons et de murailles, tout, nous le devons à celui qui sait façonner de ses mains. S’il est bien une vérité que, dans notre arrogance, nous n’arrivons pas à assimiler justement, c’est que l’être humain primitif est un organisme optimal. Il est fort d’un esprit de conception et d’une capacité à se nourrir depuis toutes sources.

    Le fait que nous soyons aujourd’hui entourés de luxe et de confort nous fait oublier que nos ancêtres les plus lointains ne vivaient peut-être que quelques décennies, mais ils mirent à genoux l’ensemble des prédateurs de la planète, avant même d’avoir découvert la métallurgie. Si nous ne sommes pas la seule espèce à afficher un tel optimum de compétences, nos qualités ont cela de fascinant qu’elles n’ont pas été observées ailleurs, dans le monde vivant. Si d’autres créatures se servent d’outils, ils ne les fabriquent que rarement et restent cloisonné à un univers bâtit sur des normes infranchissables.

     Les Hommes d’esprit ont ce grand défaut qu’ils ont bien trop tendance à mépriser ce qui vient de la culture du sol ou de l’ouvrage des mains. Ils aiment à se hisser sur les dix millénaires d’Histoire que leur offre l’écriture. Par elle, ils se disent porteur de la civilisation, sans laquelle ils n’imaginent rien de possible. Cependant, ils oublient bien vite que du côté des gens de l’artisanat, le premier boulanger pétrissait déjà de la pâte il y a une trentaine de millénaires et le tailleur de pierre, lui, faisait déjà son ouvrage cent mille ans avant notre ère. Les métiers de l’esprit sont les derniers nés de la civilisation et non les premiers. Les philosophes, médecins, ingénieurs et autres artistes se hissent sur une légende bien jeune, face à celle des métiers les plus anciens.

    Avec cette jeunesse vient l’inexpérience, qui se ressent mais s’efface face aux bienfaits inestimables qu’un tel renouveau assure à ceux qui s’y essayent. L’intellectuel est plus efficace parce qu’il pense ce qu’il fait, mais n’en demeure pas moins hautement primitif, par rapport à l’optimal de sa propre activité [3].

    Chaque fois que l’on entend les disciples de tel ou tel penseur venir nous vanter sa grandeur, sa gloire éclatante, il nous convient de nous souvenir que l’on avait déjà construit le premier arc, des millénaires avant la fondation de Babylone et que sa renommée est, depuis longtemps, tombée dans l’oubli. Notre espèce se complet dans la mésestimation de ses talents, soit que nous nous imaginions au sommet soit que nous nous pensions au pied. Mais l’évolution est inévitable. Notre compréhension du vivant, du fonctionnement intime de la matière, des lois de la réalité, nous conduit sur un chemin qu’il n’est pas si difficile de prévoir.

    Une cellule, fondamentalement, fonctionne comme une sorte de " robot " : elle applique des instructions, qu’il nous est alors possible d’altérer, de commander, de modifier. Elle traite l’information puis réagit aux stimulations en conséquence. Si, aujourd’hui, notre faible compréhension de son fonctionnement nous permet à peine d’interagir avec elle, il n’est pas irréaliste d’imaginer que d’ici un siècle, notre science nous autorisera à concevoir des constructions artificielles entièrement basées sur des cellules vivantes. Un être humain, un arbre centenaire ou une baleine, sont eux-mêmes construits sur la base de milliards de cellules, prouvant qu’un assemblage immense de complexité peut émerger spontanément d’un constituant infiniment petit.

    Cette époque venue, notre société connaîtra un développement comme nous n’en avons jamais expérimenté, qui ira bien au-delà de tout ce que nous pourrions observer aujourd’hui. Il en sera fini de l’ère où nous devions construire à la chaine nos machines, depuis un assemblage de matière, dont une partie finie gâchée dans la procédure. Il deviendra, petit à petit, bien plus rentable de faire " naître " nos outils dans des matrices, imprimantes volumétriques d’organismes vivants. Par ce moyen, notre contrôle sur la chaleur, l’usage des ressources nécessaires à l’entretient ou la consommation d’énergie seraient autant de choses aisément maîtrisées, puisque optimales. La construction d’ordinateurs biologiques ou de véhicules de toute taille et de toute forme, structurés autour de cellules vivantes, en viendrait à devenir si aisément productible que la robotique ne serait plus nécessaire à l’industrie manufacturière.

    Nos villes basées sur une " graine " artificielle, s’étendraient alors en infrastructures mobiles et biodégradables, au fonctionnement semblable à un immense arbre synthétique. L’opération humaine, désormais inutile à sa conservation. Une structure pourrait s’élever aussi haut que l’autorise la physique, sur une surface aussi étendue qu’il est nécessaire. Les travaux les plus ordinaires en viendraient à être délégués à des drones vivants, sortes d’animaux artificiels sans volonté propre, à la pensée asservie à la préservation de l’écosystème formé.

    Le moindre objet du quotidien, la chose la plus insignifiante comme la plus exceptionnelle : tout se trouverait dès lors basé sur la structure du vivant. Libre à nous d’en disposer pour des millénaires ou même d’en changer tous les jours, s’il nous plaît de le faire, car ce qui n’est plus utilisé retourne automatiquement à la biomasse. Chaque arme, chaque machine, serait pour nous comme une extension de notre corps, une propriété de notre organisme auquel elle contribue tel un nouvel organe.

    L’idée que nos technologies puissent converger vers le vivant n’est pas si éloigné: c’est même une réalité inévitable. Nos machines sont primitives, nos véhicules sont très simples face à certaines créatures qui demandent pourtant d’être observées au microscope, alors que nos usines n’effectuent pas le millième de ce qu’une algue parvient à accomplir couramment. Rien n’est plus simple que le principe d’une société aux infrastructures biologiques. La vie est notre principale arme, dans notre galaxie : elle a résolu la plupart des problèmes majeurs qui se poseront à nous dans le futur. C’est pourquoi il ne nous est plus nécessaire de tous les démêler à nouveau, ni même de reconstruire ce qui existe déjà.

    Nous pouvons l’utiliser, la modifier à notre service afin de nous permettre de nous étendre au-delà de l’atmosphère terrestre. Tout comme nous pouvons nous concentrer sur sa nécessité première: l’extension, en l’usant comme outil pour ce faire. Elle ne nous empêchera pas d’accomplir ce pourquoi elle est faite, pourvu que nous le fassions. Car ce que nous emporterons d’elle, nous l’amènerons là où elle le veut.

    Le jour où une "singularité" adviendra, elle ne sera pas technologique au sens où nous l’entendons habituellement, mais biologique: c’est lorsque l’humanité aura maîtrisé et contrôlé le vivant lui-même, à l’échelle atomique. Qu’il sera en mesure de faire fusionner sa propre conscience avec une grande partie de la biomasse terrestre, remodelée à ses besoins, équilibrée selon les nécessités d’une extension dans le cosmos. Nos machines ne seront plus, dès lors, de simples matériaux assemblés en mécanismes, mais des structures fractales de carbone, d’hydrogène, de fer, de bore… Elles seront faites d’organismes complexes, de cellules vivantes artificielles comme naturelles, combinées.

    La compréhension que nous avons du monde, notre capacité à l’utiliser pour nous élever et accéder à tous les pouvoirs, est un don précieux. Une faculté que la vie nous a donnée. Nous ne sommes pas et ne serons jamais des dieux mais, notre place dans l’univers est pourtant garantie, en tant que vecteur messager du vivant. Cependant, il convient de ne pas se leurrer sur la façon dont fonctionne le Cosmos. Si la vie le pouvait, elle convertirait l’ensemble de la masse terrestre en biomasse à son usage. Il n’y pas de respect, pas d’harmonie, pas d’équilibre pour ce qui se trouve en dehors du vivant: toute l’énergie disponible, toute la matière, est utilisée à son profit pour lui permettre de s’étendre. Elle grandit, se diversifie, s’adapte et s’insinue jusqu’à contrôler chaque lieu, chaque source de puissance.

    S’il se fait une concordance, elle n’est pas issue d’une volonté consciente, mais due au chaos intrinsèque d’un tel système : le vivant obéit aux mêmes règles que le reste du monde réel. Si nous imaginons que ne lui devons rien, que nous pouvons l’utiliser sans rien offrir en retour pour sa survie, ce serait oublier que ce qui ne s’étend pas finit par s’éteindre là où il se trouve. Si nous refusons de payer le prix, nous vivrons certes une vie d’oisiveté, mais nous nous éteindrons sans plus de peine. L’humanité disparaitra de la surface de la terre et la vie donnera naissance à une autre espèce qui, elle, fera ce qui est nécessaire pour la survie de l’écosphère.

    Notre volonté de subsister, coûte que coûte, est une assurance que le monde biologique a placé en nous, une part de sa propre nature gravé tel un commandement divin: notre perpétuelle quête d’extension, notre besoin de ressources, sont des moteurs que nous lui devons et qui lui servent en retour pour se renforcer.

    Les outils, dont elle nous a offert l’usage, a permis à notre conscience de s’exprimer sur la matière. Nous autorisant une chose impossible aux autres créatures ayant un haut niveau de conscience : la capacité d’enfreindre les règles, de contrôler l’environnement. Tout d’abord, nous apprîmes à tailler les étoffes, puis à entretenir les feux, à modeler les matériaux, à modifier les terrains. Aujourd’hui, nous contrôlons les champs magnétiques, la mécanique des fluides, les forces atomiques. Demain, nous maîtriserons la vie à l’échelle cellulaire. Puis un jour, très longtemps dans l’avenir, nous aurons permis à chaque étoile de devenir un organisme vivant.

    Mais pour sa gloire seule, car nous sommes son outil, nous faisons partie d’elle.

    1. Pour illustrer ces propos, prenons un logiciel de génération de fractales, tel qu’Apophysis et Chaotica, en 2D ou Mandelbuster, en 3D. Quelques minutes seulement à s’essayer aux variables suffisent à générer des flocons de neige, des chambres à bulle, des arbres, des montagnes, des nuages, et une infinité d’autres structures du Monde. Tout cela, en altérant un principe élémentaire ne représentant pas plus de quelques octets de données.

    2. Il est amusant de voir comme toutes les œuvres de science-fiction pointent la fragilité du biologique, sachant qu’aucune machine construite de main humaine n’a jamais dépassé deux siècles de durée de vie, là où il se fait des milliers d’espèces qui y parviennent.

    3. Tous les Russell, les Wittgenstein, les Einstein, sont semblables aux premiers tailleurs, boulangers et potiers: qui se souvient encore du nom de ces grands inventeurs, aujourd’hui ? Où sont donc les paragraphes dédiés dans nos livres à la vie de ceux qui ont, pourtant, transfiguré nos cités au-delà de ce que tous les rois à venir ne pourront jamais faire ? Perdus, oubliés, disparus ! Il n’y a plus un nom dont nous pourrions nous souvenir. La grandeur de l’humanité est décidément bien fragile, pour qu’il ne suffise que d’une centaine de millénaire pour en venir totalement à bout. Alors celle de la France, pensez donc…

    Par Emmanuel Brunet Bommert.

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