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Hier - Page 6

  • La barbarie sera TOUJOURS ce qu'elle a été!

    Toulon: "Marche en short" après l’agression d’une jeune femme

    Une centaine de personnes se sont rassemblée samedi à Toulon, dans le Var, pour une "marche en short" après l’agression d’une jeune femme de 18 ans, Maud Vallet, agressée le 13 juin dernier alors qu’elle portait un short.

    'Tous en short, liberté, respecte moi", était-il inscrit sur les pancartes des manifestants, hommes et femmes, qui ont défilé vêtus pour la plupart de shorts. "Nous voulons dénoncer un fait de société et porter l’égalité des femmes", a indiqué Cécile Muschotti, organisatrice de la manifestation et ex-colistière de la tête de liste PS aux régionales, Christophe Castaner

    Texte de Maud Vallet publié sur son compte facebok:

    "Bonjour, je suis une salope".

    Je suis en colère ce soir.

    Nous sommes en 2016 et je viens de me faire agresser parce que je portais un short. Oui, un short. UN PUTAIN DE SHORT

    Nous sommes en 2016 et un groupe de 5 FILLES m’a insulté, menacé, craché dessus dans un bus sans que jamais personne n’intervienne, malgré leurs hurlements et les miens. Elles n’ont visiblement pas apprécié tous les arguments que j’ai sorti en faveur de l’égalité homme-femme et de la liberté de disposer de son propre corps puisqu’elles m’ont suivie pour me frapper lorsque je suis sortie du bus et ne sont parties qu’après qu’un homme que j’ai interpellé ait attendu avec moi qu’elles s’en aillent (au bout de 15 minutes, vous captez le délire ?) [...]

    Maintenant j’ai la très agréable impression d’avoir fait un bond de quelques siècles en arrière.

    Nous sommes en 2016 et malgré ce qu’en disent certains, le combat féministe est bien loin du compte. [...]

    Le Figaro

  • Des hominines taillaient déjà des outils il y a 3,3 millions d'années

    Il y a un mois environ, l'annonce de l'archéologue française du CNRS Sonia Harmand, qui codirige le West Turkana Archaeological Project (WTAP), avait fait l'effet d'une bombe en paléoanthropologie. La chercheuse et ses collègues viennent finalement de publier dans Nature un article présentant la découverte des plus vieux outils attribuables à ce jour à la lignée humaine. Trouvés non loin du lac Turkana, au Kenya, ils sont âgés de 3,3 millions d'années et montrent qu’avant l’apparition d’Homo, des hominines taillaient déjà des outils en pierre.

    Par Laurent Sacco, Futura-Sciences

    Jason Lewis voulait être paléoanthropologue et réaliser des fouilles en Afrique orientale depuis l'âge de 13 ans après avoir lu un livre sur Lucy, la célèbre Australopithecus afarensis. On le voit ici en compagnie de Sonia Harmand qui a toujours été passionnée par la quête de nos origines et le rôle des outils dans l'évolution cognitive des hominines. Elle voulait elle aussi travailler dans le berceau de l'humanité, où les premiers chapitres de l'histoire humaine sont préservés. Les voici réunis sur cette photo où ils examinent les plus vieux outils découverts à ce jour.

    Jason Lewis (à droite) voulait être paléoanthropologue et réaliser des fouilles en Afrique orientale depuis l'âge de 13 ans après avoir lu un livre sur Lucy, la célèbre Australopithecus afarensis. En compagnie de Sonia Harmand qui a toujours été passionnée par la quête de nos origines et le rôle des outils dans l'évolution cognitive des hominines. Elle voulait elle aussi travailler dans le berceau de l'humanité, où les premiers chapitres de l'histoire humaine sont préservés.

    C’est une découverte majeure, l’une de celles qui marquent une vie de chercheur et qui fait date dans l’histoire des sciences. Elle a été réalisée un matin du 9 juillet 2011 par l’archéologue française Sonia Harmand et son collègue Jason E. Lewis, également en poste à l’université de Stony Brook (États-Unis). Tous deux directeurs du  West Turkana Archaeological Project (WTAP) et respectivement Research Associate Professor et Research Assistant Professor au Turkana Basin Institute (TBI), ils s’étaient écartés par erreur de leur de chemin alors qu’ils menaient une campagne de fouilles dans le nord du Kenya, sur la berge ouest du lac Turkana. Tout en cherchant à retourner sur sa route, l’équipe examinait le sol à l'endroit qui allait être baptisé plus tard le site de Lomekwi 3. Les archéologues ont fini par découvrir avec l'aide d'un indigène, Sammy Lokorodi, des outils taillés dont l’âge était encore indéterminé à ce moment-là.

    La vallée du Grand Rift est un espace privilégié pour les recherches archéologiques et paléoanthropologiques qui permettent d'en apprendre davantage sur les origines de l'Homme. La " Mission Préhistorique " au Kenya, un projet franco-kenyan, a mené des fouilles sur la rive ouest du lac Turkana. En 1997, elle y fait une découverte majeure en mettant au jour les plus anciens outils taillés au Kenya. Aujourd'hui, le record est battu. Ces images donnent une bonne idée de ce que représentent les fouilles ayant conduit à la découverte de Lomekwi 3.

    L’étude de ces outils et leur datation allaient occuper pendant des années une équipe internationale de 19 chercheurs, dont certains sont membres du CNRS, de l'Inrap et de l'université de Poitiers. Jusqu’à présent, on attribuait une telle industrie lithique à des membres du genre Homo, comme Homo habilis. Mais certains se demandaient si des hominines, tels les fameux australopithèques comme Lucy, n’étaient pas déjà capables d’une telle prouesse il y a plus de 3 millions d'années. Encore fallait-il dater de façon fiable les outils trouvés sur Lomekwi 3 (voir les images des fouilles sur Flickr) et convaincre ainsi l’ensemble de la communauté scientifique. Il s'agissait là d'une démarche nécessaire pour pouvoir attribuer ces artefacts à certains des hominines qui vivaient dans la région du lac Turkana il y a quelques millions d’années.

    Le site de Lomekwi 3. Le chantier de fouille se trouve dans la zone triangulaire.

    Les outils ont été trouvés sur le site de Lomekwi 3, au Kenya. Le chantier de fouille se trouve dans la zone triangulaire, au milieu sur l'image. © MPK-WTAP

     

    Des outils datés indirectement par téphrostratigraphie

    Pour dater ces outils, les chercheurs ont eu recours à une méthode bien connue qu'il est possible d'employer lorsque l’on dispose d’une couche de sédiments prise en sandwich entre deux couches de cendres volcaniques. Les principes de la stratigraphie permettent en effet d'établir une chronologie relative : sauf perturbation géologique, une strate est toujours plus vieille que celle qui la recouvre. Dater deux couches de cendres entre lesquelles s’intercale une couche sédimentaire dans laquelle peut se trouver des fossiles ou des outils permet donc, en principe, d’encadrer l’âge de la couche sédimentaire et ce qu’elle contient.

    Dans le cas du site de Lomekwi 3, la téphrostratigraphie a pu être mise en pratique. Cette technique rend possible la datation des couches de cendres par des procédés physico-chimiques. Elle permet de corréler les couches étudiées à d'autres couches de cendres datées par radiométrie. Afin de consolider les estimations des âges obtenues, la mémoire magnétique des sédiments entourant les outils a été consultée. La chronologie des inversions magnétiques permet en effet de dater des roches grâce à la science du paléomagnétisme.

    Le site de Lomekwi 3 est visible sur Google Maps. © Google

    Homo habilis n'était pas le premier hominine taillant la pierre

    Il a alors fallu se rendre à l’évidence. Comme l’expliquent les 19 archéologues, géologues, paléontologues et paléoanthropologues dans un article tout juste publié dans Nature, les outils de Lomekwi 3 sont âgés de… 3,3 millions d’années environ. Ce sont les plus anciens découverts à ce jour. Ils sont trop vieux pour être attribués à des représentants du genre Homo connus, en particulier Homo habilis, que l'on croyait être le premier à tailler des outils.

    C’est une révolution, non seulement parce que cela repousse d’au moins 700.000 ans dans le passé les débuts de l’industrie lithique chez les hominines mais aussi parce que cela indique qu’elle a débuté avant l’apparition du genre Homo. Il semble donc que l’on soit actuellement en présence d’un changement de paradigme au sens de Thomas Kuhn, bien que celui-ci pointait rétrospectivement le bout de son nez depuis quelques années déjà. Ce qui est certain c’est que, comme l’explique Sonia Harmand, " ces outils mettent en lumière une période inattendue et inconnue de l’histoire du comportement des hominines et ils peuvent nous apprendre beaucoup sur le développement cognitif de nos ancêtres que nous ne pouvions comprendre uniquement à partir de leurs fossiles ".

    Jason Lewis fait quant à lui remarquer : " La conception habituelle de l’évolution humaine supposait que l’origine de l’industrie lithique était liée à l’émergence du genre Homo. Le développement de cette technologie était aussi supposé être connecté au changement climatique ayant provoqué le développement de la savane. L’hypothèse était donc que seule notre lignée avait accompli le bond cognitif consistant à faire se percuter des pierres pour en tirer des éclats et que cela avait été à la source du succès de notre processus évolutif ".

    Cette découverte est celle des plus vieux outils taillés par des hominines connus aujourd'hui. Pour obtenir une traduction en français assez fidèle, cliquez sur le rectangle avec deux barres horizontales en bas à droite. Les sous-titres en anglais devraient alors apparaître, si ce n'est pas déjà le cas. En cliquant ensuite sur l'écrou à droite du rectangle, vous devriez voir l'expression " Traduire les sous-titres ". Cliquez pour faire apparaître le menu du choix de la langue, choisissez " français ", puis cliquez sur " OK ". © YouTube, sbcomm

    Une industrie lithique initiée dans la forêt ?

    On reconnaît dans la réaction de Jason Lewis la formulation de la théorie de l’East Side Story d’Yves Coppens. Bien qu’ayant perdu beaucoup de terrain ces dernières années à la suite de découvertes de fossiles d’hominines au point que son auteur l’ait abandonnée, elle supposait que le changement climatique avait conduit des forêts à se transformer en savane. Nos ancêtres aurait ainsi dû se redresser pour marcher d’une zone restée boisée à une autre et pour repérer au loin la présence de prédateurs ou de nourriture, ce qui avait conduit à la libération des mains, les rendant disponibles pour fabriquer et utiliser des outils.

    Mais l’étude des outils de Lomekwi 3 ainsi que la reconstitution de l’environnement où les hominines les ont taillés dans des blocs de lave lourds et volumineux conduit à une tout autre image. La région autour du site de Lomekwi 3 était en effet plutôt boisée il y a 3,3 millions d’années. " Les hominines qui y vivaient ne devaient probablement pas se trouver dans la savane ", selon Jason Lewis. Sonia Harmand ajoute d’ailleurs que l’étude de la taille des outils fait apparaître l'utilisation de gestes qui rappellent ceux des chimpanzés utilisant des pierres pour ouvrir des fruits à coque. On est donc peut-être en présence d’une technologie en transition, utilisée pour exploiter des plantes en forêt et précédant celle utilisée par Homo habilis pendant l’Oldowayen, il y a entre 2,6 et 1,7 millions d’années environ.

    Nous ne sommes probablement pas encore au bout de nos surprises. Sonia Harmand est certaine que les outils trouvés ne sont pas les tout premiers produits par des hominines. Bien que rudimentaires par certains côtés, ils sont trop complexes pour être le produit de chocs au hasard et il doit donc exister des outils plus anciens encore. Les recherches vont donc continuer dans le fascinant bassin du Turkana.

     

     

  • Australie : découverte du plus grand cratère d’impact au monde

     

    Avec ces 400 kilomètres de diamètre, le cratère découvert en Australie est le plus grand dû à un impact d’un astéroïde.

    C’est par hasard, en faisant des recherches géothermiques, que des scientifiques ont découvert un gigantesque cratère d’impact sous la surface de l’Australie. Il a une taille de 400 kilomètres de diamètre et aurait été créé par un astéroïde qui aurait percuté la Terre il y a plus de 300 millions d’années.

    Alors que l’on sait que notre planète a déjà été percutée par des astéroïdes, cette découverte est majeure vu qu’elle démontre que l’histoire de la Terre a été plus mouvementée que prévu, bien avant l’apparition de l’homme.

    C’est en Australie, dans le centre du pays, que cette découverte record a été faite. D’après les estimations, le cratère mesurerait 400 kilomètres et aurait, avec le temps, été enterré sous la surface, devenant invisible. C’est en réalisant des forages à deux kilomètres de profondeur, dans le Warburton Basin, qu’il a été mis en évidence lorsque les scientifiques sont tombés sur des morceaux de roche ayant visiblement été changés en verre, ce qui suggère des conditions extrêmes de température et de pression pour permettre cette transformation, des conditions que l’impact d’un énorme astéroïde aurait pu générer.

    Selon les chercheurs, il s’agirait en fait non pas d’un impact, mais de deux. Il y aurait deux cratères reliés, ce qui suggère que l’astéroïde s’est scindé en deux avant de frapper la surface de la Terre. "Les deux astéroïdes devaient faire au moins 10 kilomètres de large“, a expliqué Andrew Glikson, scientifique de l’Australian National University qui a dirigé la recherche.

    Il est encore difficile d’avoir une idée précise de l’impact et de l’époque exacte de ces impacts. Les chercheurs estiment qu’il a eu lieu il y a au moins 300 millions d’années et qu’il n’aurait pas été sans conséquence pour la planète : " Il a dû provoquer la disparition de nombreuses formes de vie présente sur la planète à cette époque ", ajoute Andrew Glikson.

    L’équipe qui publie son étude dans la revue Tectonophysics précise n’avoir pas été en mesure d’établir un lien entre cet impact et une extinction de masse survenue sur Terre., comme cela a été le cas pour la météorite tombée au Mexique qui a conduit à la disparition des dinosaures. Il s’agit encore d’un mystère dans le cas présent : " C’est un mystère, nous ne pouvons pas trouver d’extinction qui correspond à ces collisions. Je soupçonne que l’impact pourrait être encore plus vieux que 300 millions d’années ", a souligné Andrew Glikson.

    En fait, cette découverte pourrait aussi conduire à de nouvelles théories sur la manière dont la Terre a évolué au cours des derniers millions d’années. " Des impacts aussi conséquents que ceux-là pourraient avoir eu un rôle bien plus significatif dans l’évolution de la Terre que nous ne pensions auparavant".

    Il a à préciser que le plus grand cratère d’impact actuellement connu se trouve en Afrique du Sud. Connu sous le nom de Vredefort, il mesure environ 300 kilomètres de diamètre et remonte à environ 2,02 milliards d’années.

     

  • Découverte d'un monstre marin vivant il y a 480 millions d'années

    Un monstre marin hantait les mers il y a 480 millions d'années. Des chercheurs de Yale et d'Oxford ont découvert une créature ressemblant à un crustacé de deux mètres de long, qui se nourrissait comme le font les baleines aujourd'hui. Cet animal "aurait été l'un des plus grands à vivre à cette époque" selon la zoologiste Allison Daley, un des auteurs de l'étude, de l'université d'Oxford.

    Cette étude, menée par des scientifiques des universités d'Oxford (Grande-Bretagne) et de Yale (États-Unis), a été publiée mercredi dans le journal Nature.

    Il se nourrissait en filtrant l'eau de mer

    Le monstre marin portait sur sa tête un réseau d'épines qui filtrait les aliments et serait donc la plus ancienne représentante connue des géants aquatiques qui se nourrissent en filtrant l'eau de mer. Cette nouvelle espèce a été nommée Aegirocassis benmoulae d'après le nom du chasseur de fossile marocain Mohamed Ben Moula, qui a effectué les fouilles au Maroc.

    Aegirocassis benmoulae fait partie de la famille disparue des anomalocaridides, des animaux marins apparus il y a 520 millions d'année. Cependant, jusqu'ici la plupart des anomalocaridides découverts étaient des prédateurs qui se trouvaient au sommet de la chaîne alimentaire, plus proches de nos requins actuels.

    Cette nouvelle espèce d'anomalocaridide ressemble plus à nos baleines qui elles aussi filtrent l'eau de mer à travers leurs fanons pour recueillir le plancton, mais qui sont elles de la famille des mammifères.

    Des nageoires de chaque côté de son corps

    Peter Van Roy, un des autres auteurs de l'étude de l'Université de Yale, a utilisé une nouvelle méthode d'analyse des fossiles qui a permis d'avoir une vision en 3D de l'animal, tel qu'il devait être quand il régnait sur les océans, sur des fossiles trouvés au Maroc et venant des collections du Musée Peabody de Yale, du Musée royal de l'Ontario et du Smithsonian à Washington.

    L'étude des fossiles, qui sont plats comme des fleurs séchées dans un livre, ne donne habituellement pas tant de détails.

    Cette étude a ainsi pu montrer que l'Aegirocassis benmoulae avait également des sortes de nageoires de chaque côté de son corps.

    Ces nageoires seraient les ancêtres de la double rangée de pattes caractéristique des arthropodes, invertébrés recouverts d'une carapace comme les crustacés, les araignées et les insectes. Ce qui fait des arthropodes les plus proches cousins du désormais disparu Aegirocassis.

     

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  • La copulation, une invention des poissons vieille de 400 millions d'années

    Des poissons cuirassés très archaïques, apparus peu après les premiers vertébrés, pratiquaient déjà la fécondation interne.

    Les vertébrés ont découvert très tôt les joies de la pénétration. D'après une étude parue cette semaine dans Nature , ce sont les placodermes, une classe de poissons cuirassés primitifs à mâchoire apparus il y a environ 430 millions d'années, au Silurien, qui ont "inventé" puis massivement "utilisé" la fécondation interne pour se reproduire. Pour le plaisir? Peu probable. Par intérêt évolutif? Peut-être. Par hasard? Très certainement.

    Les premiers indices de l'existence de ce mode de reproduction chez ces poissons très archaïques, apparus 100 millions d'années seulement après les premiers vertébrés, remontent à 1967. "Le paléontologue Roger Miles découvre cette année chez une espèce particulière des différences morphologiques majeures entre le mâle et la femelle qui suggèrent la présence d'appareils génitaux adaptés à une fécondation interne", rappelle Daniel Goujet, professeur émérite au Muséum national d'histoire naturelle, spécialiste des placodermes. "Cela restera pendant des années une curiosité."

    Un fossile portant un embryon

    La communauté scientifique n'est pas vraiment prête à accepter l'idée que la fécondation interne, jugée plus sophistiquée par anthropocentrisme, puisse réellement exister à une époque aussi reculée. En 2008, le paléontologue australien John Long présente un fossile qui va changer la donne: un spécimen remarquable de placoderme portant plusieurs embryons dans sa cavité abdominale. Cette découverte prouve non seulement qu'il y a eu fécondation interne, mais que le développement embryonnaire s'est prolongé jusqu'à un stade avancé dans le ventre de la mère. Un.

    Les découvertes de John Long ont conduit les membres de la communauté à reprendre leurs fossiles pour trouver la trace d'attributs sexuels caractéristiques d'une fécondation interne. En l'occurrence, chez les placodermes, un double pénis en forme de T inversé situé juste sous les nageoires postérieures (ou pelviennes). Les chercheurs retrouvent effectivement la trace de ces organes reproducteurs dans plusieurs sous-groupes. Notamment chez une espèce d'antiarche, parmi les plus anciens représentants des placodermes.

    Un coït de profil

    Dans ce nouvel article, les chercheurs décrivent notamment comment ce spécimen, Microbrachius, procédait à son accouplement. Les carapaces articulées rendent a priori impossible la position du missionnaire (que l'on retrouve chez la raie ou le requin actuels). La pénétration se fait côte à côte, de profil, les deux partenaires s'inclinant pour permettre la pénétration du pénis horizontal dans l'orifice de la femelle. Les nageoires pectorales, sortes d'appendices ossifiés évoquant des pattes de crabes, leur servaient probablement à rester accrochés ensemble pendant l'acte sexuel.

     "La diversité des sous-groupes de placodermes se reproduisant de manière analogue suggère que la reproduction interne était déjà très répandue à cette époque reculée", analyse Philippe Janvier, paléontologue spécialiste des premiers vertébrés au Muséum national d'histoire naturelle. "C'est étonnant car ce mode de reproduction est assez peu présent dans le monde aquatique aujourd'hui."

    "Cela montre qu'il n'y a pas de hiérarchie des modes de reproduction"

    Daniel Goujet, spécialiste des placodermes au Muséum national d'histoire naturelle.

    La plupart des poissons osseux actuels pratiquent en effet la fécondation externe: la femelle dépose ses œufs à un endroit avant que le mâle ne vienne les recouvrir de son sperme pour les féconder. Cette technique permet de multiplier les embryons pour contrebalancer le fort taux de mortalité lié au développement en pleine eau, un milieu très hostile. A l'inverse, la fécondation interne génère moins d'embryons, mais à l'abri des prédateurs au tout début de leur développement ce qui peut constituer un avantage fondamental.

    "On ne pensait pas que la fécondation interne puisse disparaître après son apparition", note Philippe Janvier. "Cela montre qu'il n'y a pas vraiment de hiérarchie des modes de reproduction", appuie son collègue Daniel Goujet. Plutôt qu'une lente progression vers la fécondation interne, la Nature a exploré toutes les pistes qui s'offraient à elles très rapidement. Certains modes se sont simplement avérés plus adaptés que d'autres à certaines situations particulières. Quant à savoir comment se reproduisaient les tous premiers vertébrés, cela reste un mystère complet. Mais il n'est pas impossible que les modes de reproduction aient là encore été bien plus variés qu'on ne l'imaginait.

     

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  • Dans la série: no futur.....

    L'homme est aussi dévastateur que l'astéroïde qui a mis fin aux dinosaures»

    INTERVIEW - La Terre serait en passe de subir une sixième extinction massive de la biodiversité, selon une étude publiée par Science. L'historien Jean-Baptiste Fressoz, co-auteur de L'Événement anthropocène, explique comment l'homme, à l'origine du désastre, marque son environnement pour des millénaires.

    Selon des chercheurs américains, notre planète serait au commencement d'une nouvelle phase d'extinction massive, la première depuis 65 millions d'années et la disparition des dinosaures. L'étude de ces membres de l'université de Stanford, publiée dans la revue Science et relayée par le magazine Time, délivre quelques données alarmantes. La totalité des espèces vivant sur Terre aurait ainsi connu un recul de 25% ces 500 dernières années, avec des disparités selon les cas: 45% des espèces d'invertébrés sont considérées comme menacées, et quasiment 100% des orthoptères (crickets, sauterelles…)

    Si la dernière extinction massive recensée sur Terre, celle du Crétacé-Tertiaire, a été causée par un astéroïde, celle qui se profile serait entièrement de notre fait. En chassant, pêchant, braconnant, polluant, ou encore en détruisant les forêts tropicales et autres habitats naturels, l'être humain se retrouve directement à l'origine du dérèglement du climat et de la disparition progressive de centaines d'espèces.

    Le concept d'anthropocène désigne un nouvel âge géologique dont le marqueur est l'influence de l'Homme sur le système terrestre. L'historien Jean-Baptiste Fressoz, chercheur au CNRS et enseignant à l'EHESS est le co-auteur du livre L'Evénement anthropocène, publié en octobre dernier aux éditions du Seuil. iI éclaire, pour Le Figaro, cette notion théorisée au début des années 2000 par le prix Nobel de chimie Paul Crutzen,

    LE FIGARO - À quand peut-on dater le début de l'anthropocène et jusqu'à quand peut-il se prolonger?

    Jean-Baptiste FRESSOZ - Un débat divise les scientifiques sur le début de l'anthropocène. On dégage toutefois trois grandes hypothèses: un commencement daté vers -5000 avec l'apparition de la riziculture en Asie du sud-est (augmentation des teneurs en méthane), un commencement daté après la Seconde Guerre Mondiale et ce qu'on a appelé «la grande accélération» (forte hausse du rejet de CO2 et de phosphates), et un commencement daté du début de la Révolution industrielle de la fin du XVIIIe siècle, hypothèse semblant la plus logique. Cette ère va sans doute encore durer des dizaines de milliers d'années, et peut survivre à l'homme, car le CO2 rejeté persiste dans l'air durant des millénaires. L'action de l'Homme a des effets à très long terme: la temporalité courte de l'histoire rencontre la temporalité longue de la géologie.

    Que pensez-vous des hypothèses des chercheurs de l'université de Stanford, qui prédisent une sixième extinction massive?

    La biodiversité est bien plus difficile à quantifier que le rejet de CO2, par exemple. La biodiversité océanique est par exemple encore assez méconnue. Si mon travail d'historien n'est pas de juger les résultats de cette étude, elle donne une bonne échelle de l'ampleur de ce que l'homme a réalisé. Cela veut dire que l'impact de l'être humain est aussi dévastateur que celui de l'astéroïde qui a mis fin aux dinosaures il y a 65 millions d'années. Nous faisons donc face à une temporalité immense, et à un événement tout à fait majeur.

    Jusqu'à quel point l'homme est-il capable d'influer sur le fonctionnement du système Terre?

    Nous n'allons pas vers une décroissance forcée, car les énergies fossiles ne sont pas encore entièrement exploitées. Étant donné qu'il ne semble pas y avoir de volonté concrète de mettre fin à cette situation, nous nous dirigeons donc vers des années et des années de croissance sur le même modèle, et vers un dérèglement climatique peut-être plus important encore. L'ouvrage que j'ai co-écrit avec Christophe Bonneuil (ndlr: L'Evénement anthropocène, Seuil, 2013) adopte une perspective historique pour comprendre l'influence de l'homme sur la géologie, par le biais de quelques grands marqueurs temporels, qui constituent des causes profondes de la situation actuelle. Par exemple, la stimulation de la consommation de masse ou encore l'apparition de l'automobile. Il est aujourd'hui clair que l'homme et son action sont au centre de notre époque géologique.