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  • Comment on contrôle et on censure sournoisement, en Europe aujourd’hui…

    Dans une interview pour Breizh info, Paul Coleman, directeur exécutif d’ADF international, parle des menaces croissantes pesant en Europe sur la liberté d’expression et la liberté religieuse.

    Concernant la liberté d’expression, ne peuvent s’exprimer que les opinions dominantes et politiquement correctes. La montée de l’idéologie dominante, la criminalisation des convictions chrétiennes traditionnelles sont un danger pour la liberté.

    La liberté d’expression devient conditionnelle: une idée ne doit pas, pour être approuvée, entrer en conflit avec l’orthodoxie dominante.

    Coleman parle de totalitarisme culturel: les citoyens sont tenus d’obéir à la loi, et de plus, d’affirmer certaines croyances, sous peine de conséquences juridiques, professionnelles, et même d’exclusion sociale.

    Des parents en Europe perdent le droit d’éduquer leurs enfants, qui leur sont retirés. Dernier exemple en date, une famille anglo-australienne vivant en autarcie dans les bois en Italie s’est vue prendre ses trois enfants. On a le droit de vivre dans les bois, mais pas trop.

    Dès lors que l’État décide quelles croyances peuvent être exprimées et lesquelles ne le peuvent pas, nous dit Coleman, la véritable liberté disparaît très rapidement.

    Les lois sur les discours " haineux " sont de plus en plus larges et vagues, ce qui rend très facile la répression des opinions dissidentes, pour un oui ou pour un non. La haine est le nouveau concept à la mode. Qui permet tout. Ce n’est plus du droit, c’est de l’idéologie.

    Les lois antiracistes qui prétendent prévenir la violence visent en réalité à contrôler le discours, à censurer, voire à sanctionner ceux qui ne pensent pas correctement sur le vivre-ensemble, l’immigration, les agressions récurrentes, le (mauvais) rôle des juges…

    Les opinions chrétiennes traditionnelles sur le mariage, la sexualité, la nature humaine, le droit à la vie, l’euthanasie sont de plus en plus contestées voire considérées comme dangereuses. Ce qui est une violation des principes de liberté que l’Europe dit défendre.

    Les Églises rentrent dans une zone de turbulence où par exemple il leur devient interdit de critiquer l’homosexualité ou le changement de sexe. Le sentier des prédicateurs devient étroit et bordé d’épines.

     

    La loi européenne sur les services numériques est très préoccupante. Elle encourage une censure excessive. Les entreprises doivent retirer du contenu, sur des critères et des procédures peu clairs.

    Le désaccord pacifique doit pouvoir exister dans une démocratie. Sinon cette démocratie n’est pas libre, dit Coleman.

    Ajoutons que non seulement ces croyances politiquement correctes sont dictées par les gouvernements, les institutions, les influenceurs, les lobbys puissants, mais des individus, fidèles courroies de transmission du pouvoir sans s’en rendre compte, prennent aussi le relais, comme piqués par une mouche dès lors qu’un discours sort de la norme acceptée.

    Une personne animant un atelier a vu une responsable de l’association rarement présente, prendre la parole pour faire du Poutine "bashing". L’animatrice a rappelé que ce n’était nullement le thème et qu’elle n’acceptait pas de discours politique, surtout coercitif. Mais on ne peut pas toujours résister.

    Cette attitude est contagieuse: même sur Riposte Laïque, certains commentateurs se sentent missionnés pour contenir les auteurs dans ce qu’ils croient la bonne voie. Au besoin les noms d’oiseaux fusent et on se voit même traité de marxiste, d’antisémite et soupçonné de gôchisme  si on cesse de plaire! Mais sommes-nous là pour plaire?

    Par exemple si on critique l’intervention de Trump au Venezuela. La critique ne semble pas autorisée sur cette question, à droite.

    Pourquoi? On ne sait pas. Peut-être parce que Trump a beaucoup plu aux patriotes au départ et que ceux-ci, sans parfois même se l’avouer, ont du mal à accepter que Trump leur échappe.

    Dans cette ambiance, chacun se croit investi du devoir de contrôler son voisin, ses amis, sa famille, ses élèves, ses collègues de travail, ses salariés, etc.

    Où est passée la liberté? On se croirait sous Staline, lorsqu’un enfant, Pavel Morozov, a été transformé en héros pour avoir dénoncé ses parents, koulaks. Ses parents furent envoyés au goulag. La statue de Pavel érigée dans tous les parcs.

    La liberté d’expression et la liberté religieuse, donc la liberté tout court, sont donc en bien mauvaise posture aujourd’hui en Europe.

     

    Sophie Durand

  • Le prix réel du kWh éolien

    Un article publié par National Wind Watch (1) révèle que le kWh produit par les éoliennes est abordable mais que l’intégrer au réseau multiplie son prix de 5 à 40 fois!

    Le vent ne souffle pas tout le temps. Ainsi, le petit pays européen le plus doté en éoliennes et recevant un maximum de vent, le Danemark, dépend des réseaux et équipement de ses voisins (Norvège, Suède, Allemagne) pour fournir à ses citoyens le courant électrique le plus cher des pays industrialisés.

    Et voici les chiffres, effarants: en moyenne, ses citoyens ont besoin de 4,3 millions de kW de puissance. Pour cela, le Danemark a installé 9 millions de kW de centrales électriques fossiles qui peuvent couvrir tous ses besoins d’électricité en toutes circonstances. Si ces centrales étaient toutes au charbon, le Danois payerait son électricité 10 centimes d’euro le kWh dans le pire des cas… Et pas 40 centimes d’euro le kWh, " seulement " 4 fois plus que le prix qu’il payerait si l’électricité était produite commercialement,  comme auparavant!

    Il faut réaliser que si, le plus souvent, le soleil et le vent ne fournissent rien, aux moments les plus favorables le Danemark stocke l’énorme excédent occasionnel chez ses voisins… Cette folie n’est possible que parce que le Danemark est petit par rapport à ses voisins et qu’il est un des très rares pays à pouvoir compter sur ses voisins… mais pas gratuitement!

    Dans les grands pays d’Europe, comme l’Allemagne et la France, l’éolien – jamais nécessaire – multiplie le prix de certains kWh jusqu’à 40 fois, comme nous voyons dans le texte cité. (1)

    Rappelons que, il n’y a pas longtemps, la France ne produisait pas son kWh parfaitement propre à 40 centimes d’euro mais à 5 centimes (à l’époque, selon Engie, à 1,8 centime en Belgique, pour le nucléaire (2)).

    Mais amortir la production d’éoliennes en Allemagne couvre progressivement la France d’éoliennes 100% inutiles et a triplé le prix de vente du kWh. Et ce n’est que le début nous promet le pouvoir en place, pouvoir qui veille à paralyser progressivement les moyens de production économiques d’électricité en France.

    Et il est utile de passer maintenant à l’étude citée. Elle est indispensable!

    Claude Brasseur

     (1) Ciccone Terigi, Les coûts cachés et déformés des énergies renouvelables: une comparaison exhaustive entre l’énergie éolienne et les centrales à turbine à gaz à cycle combiné, National Wind Watch (Pour lire: Voir Ciccone Terigi, National Wind Watch)

    (2) Fabien Bouglé, Nucléaire, les vérités cachées, Éd. du Rocher, 2021

  • Le français devient une langue morte

    "L’etat ne devait pas decider car l’etat ne conait pas le passer de chacun, elle ne c’est pourquoi cela et arrive. L’etat ne conais rien de cet perssone sont but peut etre dans le but de faire une bonne action. Ou simplement d’aider ca famille. Si les gent sont bien eduquer et bienveillan nous navons pas besoin de l’etat. Le respect mutuel sufis pour remplacer l’etat comme cet celebre citation " vivre et laisser vivre " qui nous viens des trancher pendant la seconde guerre mondiale. Pendant le revolution française il n y avez pas d’etat pourtant cela avait bien marcher ou pendant les romains avec leur lois dent pour dent oeille pour oeille. Ce que tu fait à l’autre ont te le fait. Il y a encore des civilizations sans etat reconue dans le monde pourtant ces civilisation se porte bien alors que ce n’est pas l’etat qui juge ci ceci et juste ou pas. La notion de juste et pas compliquer car celle-ci et différente pour chaque persone…"                                          

    Extrait d’une copie de philo. Baccalauréat 2022)(1).

    Mon article du 9 avril, intitulé "Éducation antinationale" a été jugé trop sévère par une de mes lectrices, enseignante en français. Je lui présente mes excuses car il y a encore, chez nous, des professeurs, certes minoritaires, qui ne sont pas perpétuellement en grève, qui aiment leur travail, et qui ne sont pas tous socialos, écolo-gauchos ou communistes. Mais, comme disait Michel Audiard: Comme le poisson-volant et le mouton à cinq pattes, ce n’est pas la majorité de l’espèce".

    Je dis souvent qu’"enseignant de gauche" est presque un pléonasme.

    Ce n’est certes pas charitable pour les profs de droite, mais c’est assez proche de la vérité. Soyons lucides: cette profession – féminisée à 75% – est gangrenée par la vérole gauchiste (2). Je fais donc, préventivement, mes plus plates excuses aux professeurs sérieux, motivés, et impliqués dans un travail ô combien ingrat et ardu.

    Durant toute ma vie, j’ai enseigné, à des parachutistes d’abord, puis à des agents, courtiers ou salariés d’assurance, et en parallèle, dans le cadre associatif, à des amateurs de sports de l’air.

    J’ai aimé transmettre un savoir, des connaissances (voire des compétences) à mes élèves.

    Pourtant, j’avoue humblement que je serais parfaitement incapable d’être professeur – en primaire, en secondaire ou en faculté – dans l’Éducation dite " nationale ". Faire partager sa passion pour une langue ou une matière à des élèves est une bonne chose, en revanche, comme dit l’adage populaire: "on ne fait pas boire un âne qui n’a pas soif".

    J’admire sincèrement les professeurs qui croient encore à leur mission de pédagogues, mais l’Éducation nationale, le "Mammouth" comme disait Allègre, cette machine à fabriquer des illettrés, est responsable (ET coupable) du délitement du niveau des élèves français, de leur avachissement tant intellectuel que moral, et de leur nullité dans toutes les disciplines ou presque. J’exagère?

    Que nenni! Il ne faut pas nier ce qui, hélas,  est une évidence! Le texte en en-tête de mon article du jour totalise… 47 fautes d’orthographe et la qualité des arguments développés n’est pas digne d’un élève de CM2 d’antan (la 7e d’autrefois).

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  • La fièvre étiqueteuse

    L'épidémie de qualificatifs stigmatisants se répand dans les médias. Manière discrète d'anathémiser les opinions dissidentes sans paraître sortir de la neutralité.

    Ce sont des mots qui se glissent, l’air de rien, dans un article, un éditorial, ou le propos liminaire d’un reportage, auxquels on ne prête pas nécessairement une attention consciente. On ne les remarque pas forcément si l’on n’a pas pris l’habitude mentale de pratiquer l’analyse textuelle, mais ils n’en installent pas moins un climat et peut-être d’ailleurs d’une manière d’autant plus efficace qu’elle est subliminale. Des adjectifs, souvent, qui se donnent l’apparence de la précision: qualifier quelque chose ou quelqu’un, n’est-ce pas aider le lecteur ou l’auditeur à cerner davantage son contour? Des mots qui se glissent au milieu d’un discours qui se veut neutre ou objectif, mais qui n’ont pourtant rien d’innocent. Ils étaient autrefois l’exception, ils sont devenus la règle, une pratique systématique et écrasante: dans les médias, ceux qui n’ont pas la chance d’appartenir au camp du Bien se voient systématiquement étiqueter d’un commentaire dévalorisant, d’un adjectif stigmatisant, d’un label infamant et leur discours est toujours introduit par quelque tournure dépréciative.

    Les exemples ne manquent pas. Avant qu’il se lance en politique, Éric Zemmour ne se voyait ainsi jamais qualifier de journaliste ou d’essayiste, mais, les bons jours, de “polémiste” et, les mauvais, de “polémiste maurrassien”. Lui et ceux qui comme lui bousculent le prêt-à-penser ne font pas des constats, ils “agitent des fantasmes”; ils ne sont jamais des lanceurs d’alerte, mais sont passés champions dans l’art de “surfer sur les peurs”.

    D’autres ont des idées, eux ont seulement des “phobies” ou des “obsessions”; au premier rang desquelles la “théorie raciste et complotiste du grand remplacement”: dans les colonnes du Monde, l’expression revient avec un tel systématisme, sans que jamais l’ordre des adjectifs soit même modifié, qu’on imagine qu’un informaticien maison a dû inventer un raccourci clavier pour éviter aux journalistes d’avoir à la taper mot à mot…

    Quand Marine Le Pen change de position, elle n’évolue pas, elle “se contredit”; mais lorsqu’elle ne varie pas, elle n’est pas conséquente, elle débite de “vieilles rengaines”.

    Si on les embrigade, les mots peuvent devenir la pire des prisons mentales

    Dans les colonnes du Monde ou de Libération, un catholique qui pousse la cohérence jusqu’à aller à la messe et à être en phase avec les positions du catéchisme de l’Église catholique n’est plus jamais qualifié comme un catho mais comme un “catho tradi”, n’eût-il même jamais mis les pieds à une messe en latin: s’il poussait le vice jusque-là, il basculerait alors dans la catégorie “intégriste”. Quant au label “extrême droite”, si quelqu’un avait eu l’heureuse idée d’en faire une marque déposée, il serait assurément aujourd’hui l’homme (ou la femme!) le plus riche du monde, tant il suffit pour s’en voir affublé d’être plus à droite que le rédacteur de l’article, danger auquel s’expose assez facilement celui qui sera mentionné par Libé, le Nouvel Obs ou l’Humanité…

    Des mots qui remplacent l’information par une évaluation morale, pour discréditer par avance tout ce qui s’écarte de la pensée dominante

    Ce sont des mots, donc, qui font mine d’informer, mais qui ne visent en réalité qu’à discréditer par avance les paroles (pardon, la “logorrhée”!) ou la pensée (oups, les “idées rances et nauséabondes”!) de ceux qu’il s’agit d’écarter du “cercle de la raison”, selon la pratique formule d’Alain Minc.

    Des mots, comme l’écrivait Ingrid Riocreux dans son essai la Langue des médias (L’Artilleur, 2016), " qui veulent dire méchant ", des mots qui substituent à l’objectivité de l’information " l’évaluation morale " du jugement. Elle y montrait entre autres choses que ce “parler journalistique”, parfois inconscient tant il relève du psittacisme, a vocation à devenir aussi, par contagion, celui des citoyens et, s’ils n’y prennent garde, à modeler leur perception des choses.

    Car c’est le but de toute novlangue: encadrer la pensée, introduire des automatismes qui empêchent de dire, et donc de penser, les choses autrement que ce que souhaite la pensée dominante. Les mots, s’ils sont l’outil précieux de notre liberté intellectuelle, peuvent devenir, si on les embrigade, la pire des prisons mentales.

    Laurent Dandrieu

  • Brigitte Bardot, miroir de la France d’avant

    Hallyday, Belmondo, Delon, Bardot avaient une particularité commune: ils restaient plus proches des Français que les élites politiques.

    Par Vincent Coussedière

    Quoi de commun entre l’émotion liée à la disparition de Johnny Hallyday, Jean Paul Belmondo, Alain Delon et Brigitte Bardot, outre qu’elle s’attache à de grandes stars françaises? Tous les quatre étaient des célébrités de ce que Guy Debord appelait la Société du spectacle, mais parvenaient à transmettre quelque chose de réel au-delà des paillettes de la gloire. Ils suscitaient une identification populaire qui n’était pas qu’aliénation. Les Français, qui n’avaient plus le sentiment d’être représentés par les élites politiques, ressentaient une sorte de représentation politique par défaut provenant de ces stars.

    Lorsqu’ils déplorent aujourd’hui, à travers ces figures, la disparition de la “France d’avant”, ce n’est pas la France modelée par les politiques qu’ils regrettent. C’est la France de la culture populaire subsistant à l’intérieur de son devenir spectaculaire. Hallyday, Belmondo, Delon, Bardot avaient une particularité commune: ils étaient des Français moyens ayant connu l’ascenseur de la Société du spectacle, non celui de la méritocratie républicaine. Malgré cela, ils restaient plus proches des Français que les élites politiques. Que cela plaise ou non, l’émotion qui s’exprime à leur mort est une émotion nationale qui se moque bien d’un hommage étatique.

    LES TENTATIVES D’HOMMAGE POLITIQUE TOMBENT A COTE DE LA PLAQUE

    Brigitte Bardot ne se trompait pas sur ce lien qui la rattachait aux Français et déclarait à Valeurs actuelles qui lui demandait si elle désirait finir au Panthéon: "Ne dites pas de conneries! Ah non, certainement pas! Moi, je suis avec mes chèvres et mes chiens. Je ne veux surtout pas de cérémonie officielle. Houlala, non, surtout pas! Comme Alain. Pareil".

    Elle faisait allusion à la discrétion voulue par Alain Delon pour la cérémonie de ses obsèques. C’est pourquoi les tentatives d’hommage politique à Bardot comme à Delon tombent à côté de la plaque. Même si ceux-ci se sont déclarés de droite par réaction légitime à la gauche, ce qui apparaît dans leurs déclarations est une méfiance “populiste” à l’égard de tous les politiques.

    Le lien que Bardot possède avec les Français n’est pas politique au sens de la politique partisane. Il est archi-politique. Ce sont les mœurs qu’elle représente qui passionnent, sa liberté, son naturel, sa sensualité, ses prises de position proche du sens commun sans prétention intellectuelle, et surtout sans aucun filtre ni aucune peur.

    “Moi, je n’ai jamais été une victime. Je ne suis pas une victime”

    Citons là encore: "C’est du cinéma, Me Too! C’est de la merde. Je trouve ça scandaleux et ridicule. La chasse aux sorcières, le lynchage médiatique pour une main aux fesses vingt ou trente ans après, c’est ridicule. Moi, je n’ai jamais été une victime. Je ne suis pas une victime".

    Il y avait quelque chose d’indomptable chez Bardot que la scène de danse dans Et Dieu… créa la femme manifestait bien. Dans une époque de domestication de “toutes et tous” par l’idéologie, on se plaît à croire que cette résistance demeure et n’appartient pas seulement à la France d’avant.

  • Noël, le temps d’une suspension du temps

    Même dans sa forme laïcisée, la fête de Noël est l’irruption du sacré qui suspend et déchire le temps profane, rappelle notre chroniqueur Vincent Coussedière.

    Les fêtes de Noël sont parfois propices à l’introspection et au recul à l’égard du tumulte de l’Histoire et de la vie politique. Elles sont l’occasion d’une forme de ressourcement bienvenu dans la chaleur de la vie amicale et familiale, de mise à distance de la vie publique dans le refuge de la sphère privée.

    On éteint les écrans de télévision et les téléphones portables, on se débranche du flot continu d’actualités toutes plus déprimantes les unes que les autres. Massacre antisémite de Sydney, menace imaginaire ou imminente de la Russie sur l’Europe, explosion des homicides en France, agonie des  paysans, paralysie du gouvernement, tours de piste médiatique prématurés des futurs candidats à la présidentielle de 2027 qui n’intéressent personne: on oublie et on met de côté.

    On se rapproche du poêle à bois qui crépite et éclaire les nuits les plus longues de l’année. On se parle directement les uns aux autres. On prend le temps de préparer des repas qui régaleront les hôtes et ne seront pas un simple intermède dans une journée de travail. On prend soin de sortir quelques bonnes bouteilles qui ont sagement attendu que leur temps soit venu. On redécouvre le mystère de la présence des choses.

    Noël n’est pas encore le temps des rétrospectives et des anticipations de la toute fin d’année. Noël est le temps d’une suspension du temps. Même dans sa forme laïcisée, il est l’irruption du sacré qui suspend et déchire le temps profane. L’avalanche de cadeaux qu’il déclenche ne réussit pas totalement à réintroduire la logique de la consommation.

    LE PLAISIR D’OFFRIR SANS CONTRE-PARTIE

    Il est question de dons et de contre-dons, dans lesquels l’intention compte parfois davantage que la tyrannie de la satisfaction des désirs. On redécouvre le plaisir d’offrir sans contre-partie. Noël parvient ainsi à rompre la logique  marchande dont la règle est la parfaite réciprocité et l’équivalence des produits échangés. C’est ce que ne parvient pas à comprendre la critique gauchiste de cette fête.

    Certes, Noël peut parfois également et légitimement agacer. Au lieu d’être une suspension d’autant plus attachante du temps profane qu’elle reste fragile, la fête de Noël peut devenir une forme de dénégation pesante du " travail du négatif " dans l’Histoire (pour reprendre une expression de Hegel) et du tragique de l’existence. Noël donne alors lieu à une forme d’optimisme forcé.

    Il faut à tout prix être " positif " et évacuer les sujets qui fâchent. Et c’est parfois paradoxalement le Noël laïque qui verse davantage dans ce travers que le Noël fêté religieusement. L’enfant qu’on met alors au centre n’est plus le fils de dieu, mais l’enfant gâté de la société de consommation, qu’on ensevelit littéralement sous des cadeaux dont il déchire compulsivement les emballages, passant de l’un à l’autre d’un air égaré.

    Le véritable " cadeau " de Noël: faire accéder au mystère de la présence fragile des choses, est alors perdu, recouvert par l’illusion de la jouissance permanente.

    Par Vincent Coussedière